Ce n’est qu’un Au Revoir & Un pincement au coeur : L’école est finie
Saisir “la beauté et la complexité des amitiés adolescentes”, tel est le programme porté par les deux moyens-métrages, Ce n’est qu’un Au Revoir et Un Pincement au Coeur de Guillaume Brac. Pour son premier court-métrage, il a décidé, dans un élan de curiosité, de filmer la vie d’un lycée proche de chez lui. Pour le deuxième, il a répondu à une commande institutionnelle. Cette promesse ardue de capturer l’essence des émois adolescents est tenue.
Pour rendre compte de ces liens uniques mais souvent éphémères entre des lycéens, le réalisateur pose sa caméra tantôt dans un internat ensoleillé du Diois, tantôt dans un établissement du Nord, à Hénin-Beaumont. En résonance avec ses précédents métrages, Guillaume Brac laisse planer le doute entre réalité et fiction au cœur d’un dispositif documentaire basé sur une scénarisation légère, qui laisse rapidement place à la vérité de ses protagonistes. On pense au formidable L’Île au Trésor (2018), qui filmait sur ce même principe une bande d’adolescents, dans la magie de l’été, à la base de loisirs aquatiques de Cergy-Pontoise. D’un bout à l’autre de la France, ces deux moyens-métrages saisissent les portraits de deux jeunesses différentes. Celle qui a grandi dans l’environnement sauvage de la Drôme, porte des sarouels et a hérité de la culture et du militantisme d’une génération hippie qui l’a précédée. Et celle, dans le Grand Nord, qui n’a connu qu’un environnement minier gris, porte des jeans slims et passe le temps en réalisant des vidéos Tiktok. Différentes, ces jeunesses, mais pourtant semblables.
Si la géographie rend l’atmosphère et la chaleur des deux films antithétiques, le point de vue pudique de Guillaume Brac les unit par son envie de filmer l’amitié à un moment de bascule. L’approche des vacances d’été est une étape transitionnelle charnière, celle du crépuscule de l’adolescence, empreinte d’insouciance et de gravité tout à la fois. L’obtention du baccalauréat ouvrira les horizons de ces jeunes et défera certains liens amicaux qu’ils ont passé des années à construire. Dans l’intimité d’une chambre dont les murs sont habillés de posters et de souvenirs, les protagonistes se livrent, nostalgiques, désabusés, un peu délaissés, et déjà philosophes, notamment à travers un bel échange autour de la notion du temps selon Saint-Augustin, évoquée un peu par hasard par l’un des jeunes dans le cadre des révisions du bac. Cette maturité et ce mélange d’assurance et d’incertitude dans leurs propos leur confère ce quelque chose de rohmérien qui habite chacun des films de Brac.
Toujours à la bonne hauteur, le réalisateur éloigne la caméra de ses sujets, ce qui lui permet de voler quelques pas de danse improvisés devant une chambre, ou au contraire il filme des plans serrés qui captent une émotion sincère sans chercher à la provoquer. La complicité entre le quadragénaire et les jeunes filles est permise par un dispositif léger et non intrusif qui lui est propre. Une forme de psychanalyse s’opère devant la caméra, qui agit comme un catalyseur auprès des jeunes gens, dévoilant des pans plus sombres de leur vie. L’une a perdu sa sœur, l’autre ne connaît pas son père alors qu’elle vit sous le même toit que lui. Les jeunes filles ont déjà une vision sombre et irrémédiable des relations avec les garçons. Des voix-off qui balayent les images permettent de faire surgir cette part d’ombre, en posant des paroles tourmentées sur des images plus malicieuses. Il s’agit finalement des différentes facettes de l’adolescence et du chahut dans la tête de Nours, Aurore, Jeanne, Diane, Linda et Irina ….
Guillaume Brac s’inscrit parmi ces auteurs qui filment leurs sujets à la juste hauteur, avec beaucoup de sincérité. On pense, dans cette veine, au délicat Adolescentes de Sébastien Lifschitz (2019), qui capturait lui aussi les douloureux au revoirs de deux jeunes filles dont les destins allaient sans doute prendre deux chemins différents au sortir du lycée. Comme un leitmotiv, ces films se terminent toujours au bord de l’eau, à la rivière ou à la mer, et à manière de la baignade d’Héraclite qui voudrait que l’on ne se baigne jamais dans le même fleuve, il s’agit du dernier lieu de légèreté, d’oubli et d’éternel recommencement.
Réalisé et écrit par Guillaume Brac . France. 1h41. Genre : Documentaire. Distributeur : Condor Distribution. Sortie le 2 Avril 2025
CE N’EST QU’UN AU REVOIR © CONDOR DISTRIBUTION